






Le chien du boche de Jean-Baptiste Mallet
Cette chanson date de 1917, pendant la première guerre mondiale, ce qui explique son caractère résolument anti-allemand : les boches était le nom péjoratif que donnaient les soldats français aux Allemands. Ce texte aussi montre aussi l'absurdité et la cruauté de mêler les animaux aux conflits humains.
Tout près du front, un chef prussien,
Voulant sans doute se distraire,
S'amusait à dresser son chien
A garder les prisonniers d'guerre.
C'était surtout contre un Français
Que l' boche exerçait sa vengeance ;
Et brutalement, il rossait
Le chien qui manquait d'vigilance.
Tristement, les yeux du toutou
Semblaient dire au petit pioupiou :
- Tu vois si je r'çois des taloches,
Toi non plus, tu n'es pas heureux.
On n'est pas veinards tous les deux
D'avoir comme patron un boche.
Ivre un beau soir, l'All'mand s'coucha.
Et l'chien, qu'avait r'çu des coups d'botte,
Du Français douc'ment, s'approcha,
Et le tira par sa capote,
Comme pour lui dire : - Allons, suis-moi.
L'homme le suivit avec confiance,
A travers champs, à travers bois.
Enfin, ce fut la délivrance.
" T'es une brave bête, dit-il tout bas.
Mais faut s'quitter". L'chien n'bougea pas.
Ses yeux disaient, pleins de reproches :
-Ne m'renvoie pas chez les Prussiens,
Ce n'est pas un métier pour chien
D'être policier chez les boches.
" Eh bien j't'emmène," dit le soldat.
Soudain dans un bruit de tonnerre,
Près d'eux un obus éclata,
Blessant l'Français, qui tombe à terre.
Sur son visage doucement,
Le chien passa sa langue tiède
Puis, sous le ciel, lugubrement,
Hurla pour appeler à l'aide.
L'animal pensait dans la nuit :
- S'il meurt, je mourrai près de lui.
Confusément dans sa caboche,
Il songeait : «On s'rait plus heureux
Dans le paradis, tous les deux.
C'est l'seul endroit
Où y a pas d' boches.»
( Fin du disque, mais la chanson a une fin )
" Eh bien, mon gars, te v'là sauvé,
Dit l' major, avec un sourire.
Voilà huit jours qu'on t'a trouvé,
Bien mal fichu, tu peux le dire.
Qui voudrais-tu revoir ? - Mon chien,
Dit le blessé, d'une voix émue.
C'est défendu, je le sais bien ;
Mais j'l'entends pleurer dans la rue.
Sans lui, pour sûr, je serais mort.
" J' vais t' le chercher, dit le major.
D'un bond, la bête s'approche,
Saute sur le lit, joyeusement.
Cette histoire prouve simplement
Qu'un chien a plus de cur qu'un boche.
